mardi 25 avril 2017

La blockchain dans l'iconomie

L'iconomie est le schéma, ou modèle, d'une société et d'une économie qui, par hypothèse, s'appuient efficacement sur la ressource informatique. Ce modèle, qui met en évidence les conditions nécessaires de l'efficacité, pose à l'horizon du futur un repère propre à orienter la stratégie des entreprises et des institutions.

La perspective de l'iconomie peut éclairer celle de la blockchain elle-même, tout en offrant un point de vue qui permet de faire abstraction des débats techniques actuels (sur la taille optimale des blocs, sur le choix entre « preuve de travail » (prof of work) et « preuve d'enjeu » (proof of stake) pour la rémunération des « mineurs » (miners) ou des « forgeurs » (minters), sur le contenu et le fonctionnement des « contrats intelligents » (smart contracts), etc.).

Les traits essentiels de l'iconomie sont les suivants1 :
  • les tâches répétitives physiques et mentales sont automatisées ;
  • chaque produit est diversifié en variétés destinées à un segment des besoins ;
  • chaque variété d'un produit est un assemblage (package) de biens et de services élaboré par un réseau de partenaires ;
  • chaque entreprise vise à conquérir un monopole temporaire.

Cette courte description fait immédiatement apparaître des domaines d'application de la blockchain : coopération au sein d'un réseau de compétences, ingénierie d'affaire autour des partenariats, cohésion de l'assemblage de biens et de services.

S'agissant de prospective il faut considérer ici la génération de blockchain aujourd'hui la plus avancée, dite 3.0, qui est celle des « contrats intelligents » (smart contracts) et englobe les fonctionnalités des générations 1.0 (réalisation et conservation de paiements en devise numérique) et 2.0 (stockage des traces de transactions portant sur des actifs)2. Nous n'imaginons pas ici par anticipation une future génération 4.0.

lundi 24 avril 2017

Lendemain de premier tour

Toute élection présidentielle est un saut dans l'inconnu. Quoique l'on puisse dire, on ne vote pas pour un "projet", car on sait qu'il sera oublié après l'élection. On vote pour un style qui annonce une orientation, une attitude, que l'on espère à la hauteur de la fonction et des défis qu'elle comporte. Cette évaluation intuitive et globale des divers candidats est sans doute plus fiable que celle qui s'appuie sur la lecture de leur "programme".

Les défis sont nombreux. L'un est la "malédiction de l'Elysée", une perte du sens des réalités, du contact avec les choses et les personnes : c'est la rançon du mode de vie qui suit l'accès à la fonction suprême.

L'autre est le ressentiment, la haine, qui s'éveillent dans le cœur des "politiques" envers un nouveau venu qui, loin de se laisser bizuter par les anciens, leur a raflé le prix d'excellence. Ils vont vouloir le lui faire payer en l'assassinant, au moins politiquement et fût-ce en se suicidant eux-mêmes.

Sa victoire face à Marine Le Pen est certaine mais on a tort de faire du Front national un épouvantail : l'orientation qu'il incarne étant une composante de notre histoire, il faut la connaître et la comprendre - ce qui ne veut pas dire qu'on l'approuve !

Cette orientation est, sous le masque d'une adhésion de façade à notre République, celle de la réaction anti-républicaine qui a inspiré la restauration sous Charles X, la collaboration avec l'Allemagne nazie sous Pétain, le putsch des généraux à Alger en 1961, et qui inspire encore une admiration nostalgique pour les régimes de Franco et de Salazar. La diaboliser, dire que l'on en a peur, lui opposer un "non" sans discussion, tout cela ne fait que lui donner plus de prestige.

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En regardant hier soir Emmanuel Macron j'ai pensé à Bonaparte et à Gorbatchev.

dimanche 16 avril 2017

Pourquoi je ne publie pas dans des « revues à comité de lecture »

Je ne me suis jamais soucié de publier dans des revues à comité de lecture et si cela m'arrive, c'est par accident. Mes écrits sont en effet destinés à des lecteurs et non à des algorithmes qui classent les chercheurs selon le nombre de leurs publications dans des revues jugées crédibles.

Ce système pervers encourage la paresse et la fraude. La paresse, puisqu'il permet de classer les chercheurs sans jamais devoir lire leurs textes. La fraude, qui se manifeste dans des tactiques pour multiplier le nombre des articles et obtenir de nombreuses citations, au prix parfois d'une tricherie sur la qualité des résultats présentés : le « publish or perish » incite à la malhonnêteté.

Lorsque j'étais chercheur à l'INSEE un collègue m'a décrit ces tactiques qu'il utilisait habilement. Il m'a semblé impossible de concilier, avec la qualité de la recherche et la liberté de la pensée, le temps et l'attention que ces tactiques exigent, le conformisme aussi auquel il faut se plier pour séduire un de ces fameux « comités de lecture ». J'ai donc décidé de n'avoir aucune complicité, aucune complaisance avec ce système.

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